LE SYNDROME KODAK

Un peu d'histoire : la dynastie Lipmann a ouvert son premier atelier en 1867, les générations se sont succédées en apportant des inventions et des améliorations au monde de l'horlogerie.
Fred Lipmann, le dernier propriétaire-dirigeant changea son patronyme en Lip puis emmena son usine vers la modernité, les montres électriques, quartz, etc...
Les évènements historiques de mai 1968 où les syndicats ouvriers (CGT, CFDT) ont déclenché des grèves et poussé les étudiants à se rebeller dans toute la France contre une société qu'ils jugeaient à bout de souffle.
On peut donc considérer que cela a poussé les ouvriers de Lip à Besançon à déclencher des actions et des grèves de 1970 à 1976 dans une logique destructrice.
Les ouvriers ont voulu croire à l'autogestion : produire des montres dans une usine qui n'était pas à eux, faire des ventes sauvages et se payer.
Bien entendu, cela n'a pas tenu, mais a eu l'avantage de montrer au monde que l'autogestion ne peut fonctionner, que le talent d'un patron qui risque son patrimoine est le seul moyen de faire fonctionner une entreprise.
Ces ouvriers utopistes ont fait de cette période les années noires de l'horlogerie française à tout jamais.
Alors que Lip était en mesure de fabriquer des mécanismes mécaniques, mais aussi automatiques, ces ouvriers ont définitivement cassé l'industrie de l'horlogerie française.
C'est en 1990 que Lip est réapparue au plus grand bonheur des Français grâce à Jean-Claude Sensemat qui de par son savoir-faire marketing a fait renaître la marque dans les réseaux commerciaux les plus modernes alors que les ouvriers de Besançon avaient torpillé l'outil industriel.
Jean-Claude Sensemat n'avait pas d'autre choix que de se tourner vers l'Asie pour redonner vie aux montres Lip.
En 2002, il octroie un contrat d'exploitation de la marque Lip à un ancien salarié de son entreprise et la lui vend le 4 janvier 2016.
Détenteur de l'esprit Lip que lui avait conféré Fred avec lequel il entretenait une relation filiale, Jean-Claude Sensemat a souhaité que l'évolution de la marque s'appuie sur les nouvelles technologies en faisant aussi des montres connectées, mais ceci ne fut malheureusement pas entendu.
Le choix fut de s'accrocher à un conservatisme adepte du " retour vers le passé" alors que l'on constate que le premier fabricant de montres au monde est Appel Watch qui se développe avec bien d'autres marques.
Bien sûr, la haute horlogerie comme Patek Philippe, Rolex, etc. n'a rien à craindre, mais il n'en est pas de même pour les montres traditionnelles qui se verront touchées par le syndrome Kodak, ce qui est l'exemple type de l'entreprise leader dans son domaine (la photo argentique) qui meurt, incapable de tirer parti d'une nouvelle technologie.

Publié par Mélanie Saint-Jean sur le site Histoire-Lip.com
Montréal, 03 octobre 2022